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 Nous disposons le plus souvent de débris, de fragments ou de restes laissés par d'autres et que nous ramassons et emportons avec nous. Notre littérature est trop souvent une littérature brisée, écrasée.

 Ce tableau reconstruit une peinture debout, une peinture qui n'a pas peur de l'histoire, qui ne se regarde pas se faire et se défaire.

 Et pourtant devant ce tableau appuyé aux étagères de la bibliothèque, je ressens la perte, inexplicablement, comme le nom effacé sur le verre.

 Cette perte, je la vois dans le nom qui a disparu en bas du tableau. Mais aussi dans la nausée qui me prend, aussitôt le cahier refermé parce que j'éprouve l'ennui du peintre dès qu'il est éloigné de l'atelier.

 Cette ennui-là est partout, dans le ciel bleu et dans le ciel gris, dans les dimanches et les lundis.

 Le peintre dit: je veux me tenir le plus loin de la peinture, le plus loin.

 Il ajoute qu'il veut une femme, des enfants et une maison.

 Il précise: pas un atelier, une maison.

 Cet homme est un peintre que je connais. Un peintre dont la peinture le stupéfie tant elle existe loin de lui. Peut-être pense-t-il: contre lui?

 Cet homme qui veut s'éloigner de sa peinture et, dit-il, plus généralement de la peinture.

 C'est un homme souvent en proie à la colère, au dégout. Je le vois, je l'entends. Mais c'est sa peinture qui s'installe dans ma mémoire, oublieuse de l'ennui, de la souffrance de l'homme pour ne conserver que la tranquille solitude qui permet de goûter au tableau.

 C'est un homme qui, un jour, est heureux, le lendemain, malheureux. Un jour, peintre, le lendemain, prêt à oublier la peinture. Qui compte si peu pour lui, dit-il à ces moments. Mais le grand tableau emplit la mémoire et la chambre où il est installé.

 Cet homme, le peintre, a laissé beaucoup de peinture sur ses tableaux et ceux-ci existent, à part. En dehors de l'ennui du peintre. Et cet homme les regarde, surpris, comme s'ils étaient des enfants dont il voudrait effacer le nom sur le verre. Mais eux ont davantage de résistance et le peintre le sait qui clame son ennui et son désir d'une vie heureuse, une femme, des enfants.

 

                                          Pages 56 et 57

                                          Editions Jacques Brémont 

 

 

 

 

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