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  Trois choses avaient décidé Po Ya à la musique. La première ç'avait été quand il marchait à peine. Il accompagnait en titubant sur ses deux petites jambes une servante qui allait chercher au bourg du bois à chauffer et du riz en longeant le lac. Le long du lac  il vit pour la première fois des saules aux troncs énormes et à l'ombre ronde. Il s'approchait et il découvrit un jeune homme qui gardait un buffle et qui lisait en marmonnant   sur le bord de la rive.L'ombre des saules était ronde et bleue . Le silence étaient immense. "L'eau   l'ombre ronde   dit-il   l'enfant   le livre    le buffle    le saule    le licou qui retenait le buffle au tronc du saule    tout cela s'est accroché dans ma mémoire sans autre raison !" dit Po Ya.

  La deuxième chose qui avait décidé Po Ya à la musique   selon Po Ya   ç'avait été neuf ans plus tard   à la mort de l'épouse principale de son père. La porte était drapée de blanc. " La Première est morte ! " telle avait été sa pensée. Il était entré. Il avait pris un bâton d'encens et avait salué les mains jointes quatre fois. Il était à genoux et son front touchait le sol en bois. Il entr'apercevait les lueurs mouvantes des lampes   des ombres et des pieds. Puis    en  même temps   il avait  entendu  la goutte d'huile qui crépitait dans le grand luminaire et le bruit de ses larmes qui tombaient sur le plancher de bois.

  Le troisième évènement qui avait décidé Po Ya à la musique   selon Po Ya   ç'avait été près de Nankin. Il sortait d'une maison de thé. Il avait encore le souvenir de la chaleur du lieu    de la fraîcheur des feuilles et des fleurs   de la qualité de l'eau de pluie murmurant dans la bouilloire. Il faisait très chaud. Il était sorti  il suait sur le visage et sur les fesses et il était en train de suivre la route qui le menait chez son maître d'écriture quand l'orage l'avait surpris. Il s'était accroupi dans un buisson. L'orage avait été d'une extrême violence. Les trombes d'eau étaient des montagnes. La noirceur des cieux luisait comme les cheveux des plus belles femmes. Le tonnerre était assourdissant et donnait le désir de fuir. Les éclairs déchiraient l'épaisseur noire du ciel et laissaient entrevoir la nature irregardable et effrayante qui est au coeur de la nature - des fragments du soleil effrayant qui est au coeur de la nuit. Po Ya avait enfoui son visage dans sa manche .

 Puis ç'avait été le silence  la fin brusque de la pluie. Il avait rouvert les yeux. C'était comme une lumière neuve et le silence sur les arbres lavés   d'un vert inexprimable   les perles sur les feuilles   la beauté d'un morceau de ciel tout à fait bleu.

  Po Ya s'exaltait pour la troisième fois. Po Ya prétendait qu'il n'y avait qu'un son qui pût peindre cette plaine ruisselante et neuve   ces couleurs jamais vues. Po Ya suggéra que ce son serait très proche du silence.

 

extraits de "La leçon de musique " de Pascal Quignard.  Editions Hachette  textes du XXème siècle  1987. Pages 111 à 113. ( J'ai perdu la virgule sur le clavier et elle est donc suggérée par des espaces plus grands ). 

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