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   A quels paradigmes de la peinture Hantaï fait-il, en même temps, retour ? Le titre de sa première série de pliages nous l'indique : Murs - Manteaux de la Vierge, appelés aussi Mariales . Ayant, dès 1948, enté son regard dans les plis des Madones primitives, de Giotto à Piero della Francesca, Hantaï a compris que l'histoire de la peinture racontée comme une "conquête de l'espace " n'était que l'endroit de la peinture, son côté exposé à l'évidence et à la représentation . Il a compris que les problèmes de pan : murs qui font manteau, devant qui font dedans, frontalités sans perspective et profondeurs entendues au sens de l'obsidionalité, de l'implication vertigineuse, de la vie dans les plis ,du spatium sans fond.

  Le " tablier " de Hantaï serait de peu d'intérêt s'il n'était qu'une histoire de famille . Il nous touche d'abord selon une histoire de peinture, une histoire de la peinture que l'artiste repense et restitue à travers le point de vue, la question du pli. Or, rien n'aura été plus " plié " et spatialement paradoxal que la Vierge des exégètes médiévaux . En leurs jeux constants d'implicatio et d'explicatio , ils auront donné à penser, non pas un personnage, mais un impossible espace, c'est-à-dire le lieu par excellence, le locus generationis d'une prise de corps miraculeuse . Ce n'est pas seulement qu'il faille imaginer l'hymen intact, post partum, question classique . C'est, surtout, que la Vierge-mère fut pensée elle- même comme une véritable fable du lieu  que les auteurs scolastiques - je pense notamment à Albert le Grand et à son volumineux Mariale - déclinaient comme une dialectique très précise du pli et du dépli : Marie est un jardin, pénétrons-y ; chaque fleur y est Marie, penchons-nous sur elle; au centre du jardin est une église, c'est à dire Marie ; montons l'escalier, les sept marches des vertus de Marie ; passons sous le porche, protection et manteau de Marie ; engageons-nous dans la nef, utérus de Marie ; admirons les vitraux où passe la lumière, hymen de Marie; pénétrons dans la bibliothèque, viscères de Marie ; ouvrons le livre, Marie contenant l'ancienne et la nouvelle loi ; arrêtons-nous à telle phrase, puis à tel mot, puis à telle lettre, initiale du nom de Marie; regardons la lettre ( le men hébreu ) et entrons-y : nous nous retrouvons alors dans le jardin, giron déplié de Marie dans lequel nous pourrons repénétrer à l'infini - toute une vie dans les plis .

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Pages 52 et 53

 

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