Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /

XXXII

Le Vieillard Ivre vivait, comme sa poésie, dans un ermitage isolé des monts extérieurs. Ce fut dans un petit temple annexe, dirigé par un ancien ami du vieux, comme deux compagnons qui se languissaient l'un de l'autre depuis longtemps, que les deux hommes échangèrent leurs poèmes pendant trois jours et trois nuits. Surpris que ses poèmes fussent si proches de ceux du Vieillard dont l'introspection lui avait paru en sa jeunesse si abstraite, le poète tendit l'oreille avec modestie. Le Vieillard Ivre accueillit avec une joie d'enfant son jeune ami ainsi revenu après un long détour, et parla du monde, de la vie et de la poésie, avec la sincérité d'un enfant. Mais ce ne fut non pas une transmission unilatérale.

Autant le vieux essaya-t-il de rehausser la poésie de Byongyon qui ne s'était pas encore entièrement débarrassée de la boue des polémiques et des sentiments haineux, autant celui-ci, s'appuyant sur la leçon enseignée par la trajectoire pénible de son existence, s'efforça-t-il d'enraciner la poésie du vieux qui ne demandait qu'à s'évader vers le ciel. Ainsi cette rencontre ressembla-t-elle à une rencontre entre celui qui est déjà arrivé et celui qui arrive après. Leurs trajectoires étaient différentes, mais leurs poésie étaient complémentaires.

Non seulement les paroles échangées à ce moment-là auraient été difficiles à transcrire en langage humain, mais il n'en reste ni trace écrite ni compte rendu oral. Nulle trace non plus de leurs poèmes. Sa poésie se suffisant à elle-même, il ne la copiait plus. Aurait-il voulu la fixer qu'il ne l'aurait pu. Il serait donc difficile de retracer cette dernière période de sa poésie à travers ce qui na pas été dit, ce qui n'a pas été écrit. Quand il n'y a plus de texte, le poète n'en est plus un pour les lecteurs, et personne ne fit plus attention à lui. Pour le monde, il ne fut plus qu'un vieillard qui traversait les villages, tantôt somnolant tantôt éveillé, plein d'une sérénité incompréhensible .

Pages 185 et 186, roman traduit du coréen par Ch'oe Tun et Patrick Maurus aux Editions Actes Sud, 1992

Partager cette page

Repost0
Published by Maisondumiroir

Présentation

  • : Pascaline Boura le blog : maison du miroir
  • : Dessins Textes d'auteurs
  • Contact

Profil

  • Maisondumiroir
  • Correspondances en papiers de soie, écritures musicales dansées, danses du fusain et dessins
  • Correspondances en papiers de soie, écritures musicales dansées, danses du fusain et dessins

Texte Libre

 

 

 

 

Recherche

Pages

Liens